20/11/2009

Diane d'ANDOUINS


La Belle Corisande, maîtresse d'Henri IV




( source Gazette Drouot - vente 7 mars 2011)


Diane d'Andouins est née en 1554 dans le château d’Hagetmau, qui restera son séjour favori. Elle est la fille unique de Paul d’Andouins, vicomte de Louvigny, baron d’Hagetmau, seigneur de Lescun, gentilhomme ordinaire de la Chambre du roi et sénéchal de Béarn, et son épouse Anne-Marguerite de Cauna, fille du baron Etienne de Cauna.


Très vite orpheline, à huit ans ( son père est tué lors de la prise de Rouen en 1562) elle est sous la tutelle de ses oncles (Gabriel de Béarn, baron de Gerderest - Jean de Bazilhac - Etienne de Bazilhac ,seigneur de Saint Cricq et baron de Montaignac) avant d’être à Pau auprès de Jeanne d Albret, reine de Navarre.

Agée de 12 ans, elle est émancipée et fiancée au protestant Philibert, Comte de Guiche, héritier de la puissante famille de Gramont, favori d’Henri III. Sur la demande de Jeanne d'Albret, la cérémonie des fiançailles se déroule au château de Pau en présence de toute la cour. Le contrat de mariage est signé le 16 août 1567 à Pau. La cérémonie a lieu le 21 novembre 1568 au château de Bidache, résidence des Gramont.

A la mort de son père en 1576, Philibert devient comte de Gramont, et Diane comtesse Mais il semble que ce mariage n’est pas particulièrement heureux. Pendant que son époux est le plus souvent absent et court les champs de bataille des Guerres de Religion , elle réside à Bidache et à Bayonne où elle mène une vie paisible. Elle se réfugie dans des romans, entretient une véritable passion pour la littérature romanesque et de chevalerie. C est d’ailleurs de l’amour courtois et de l'héroïne du roman l’Amadis des Gaules qu’elle tire et adopte le prénom de Corisande. Forte de ses connaissances littéraires et poétiques, elle est l’amie de Montaigne, qui lui dédie, en les publiant, les 29 sonnets d’Etienne de la Boétie dans son édition de 1595 des Essais.

Ses charmes la font alors connaître à l’époque sous le surnom de « la Belle Corisande »




"elle a le teint du lys, rehaussé par une chevelure noire et drue; elle est grande et mince; mais elle affiche un nez aplati et un front trop haut". 


Philibert de Gramont trouve la mort le 7 août 1580 après avoir eu le bras emporté d’un coup de canon au cours du combat de La Fère.

Diane, qui a alors 26 ans, décide de s'installer dans son château d'Hagetmau où elle reçoit régulièrement Catherine de Bourbon, la soeur du roi de Navarre. Partageant le goût pour la poésie, la littérature, la musique, elles deviennent amies. Le château d'Hagetmau, aujourd'hui complètement disparu, aurait occupé une partie des rues Carnot et Gambetta actuelles,, face à la fontaine du centre-ville..

C’est à l'occasion de son séjour au château de Pau, chez cette amie, que Diane fait la connaissance du roi de Navarre lors de son retour de la Rochelle, au printemps 1582.. Le roi, séduit par la belle comtesse lui fait une cour assidue. Henri IV va pour la première fois souper et coucher à Hagetmau en janvier 1583. Il revient y passer deux jours les 21 et 22 juin, puis du 1 au 3 juillet, les 13 et 14 octobre , le 5 et le 15 novembre avant de séjourner avec elle à Mont de Marsan du 22 au 30 novembre.




Henri de Navarre


Malgré l'insistance de son amant, elle ne veut pas du statut de maîtresse officielle et refuse aussi de s'installer à la cour de Nérac. Mais elle le reçoit en son château où il séjourne fréquemment jusqu'en février 1585..

Henri lui écrit avec son sang la promesse de l'épouser. Il confie même ce projet à Agrippa d’Aubigné, alors son écuyer, mis celui-ci l’en détourne. Ce compagnon du Béarnais, n'aime pas la catholique Diane d'Andoins et parle d elle en termes peu flatteurs en décembre 1583 alors qu elle est à Mont de Marsan, la qualifiant de « une garce de quartier ». « Je vois cette femme, qui est de bonne maison, qui tourne et remue ce prince comme elle veut : la voila qui va à la messe, un jour de feste, accompagnée pour tout potage, d’un singe, d’un barbet et d’un bouffon »



Corisande et Henri (château de Briat)
photo Genevieve Fabre

Ils entretiennent une relation passionnée, au-delà de la simple relation amoureuse. Corisande exerce en effet un ascendant affectif sur son amant, et devient progressivement la confidente, la conseillère et parfois l'inspiratrice d'Henri qui lui confie ses projets, ses doutes, ses inquiétudes.


Ce "portrait de Corisande" lui est faussement attribué.
Serait celui de sa belle mère Hélène de Clermont, épouse d’Antoine I de Gramont



Mais, à partir de 1584, le contexte politique oblige le roi à repartir à la tête de ses troupes et il ne revient à Pau qu'épisodiquement. S’ensuit une correspondance régulière de grande qualité.

Elle apporte un soutien sans faille à Henri, et, lorsqu'il se trouve en difficultés financières, lui fournit les subsides nécessaires à la poursuite de sa politique. Pendant les guerres de Ligue, elle vend pour lui ses diamants, engage ses biens, et va jusqu'à lui offrir une armée de 23 000 Gascons, qu'elle enrôle, entraîne, et arme à ses frais.

Après la victoire de Coutras en 1587 sur les troupes de la Ligue qui lui donne gloire et fortune, Henri rentre en Béarn et dépose à ses pieds les drapeaux pris a l ennemi. Il est à Hagetmau du 18 au 20 octobre,et y soupe également le 2 décembre.

L’histoire amoureuse avec Corisande touche alors à sa fin. Le roi de Navarre, sensible au charme féminin, s'éprend d'une jeune rochelaise, Esther Ymbert. Le 10 décembre 1587, ils partagent une dernière fois le même lit. Les deux anciens amants continuent à s'écrire en 1588, puis les lettres se font plus rares; et enfin cessent..

Lorsque le roi de Navarre devient Henri IV en 1589, la comtesse de Guiche accompagne Catherine de Bourbon, et assiste à son couronnement. Installée à Paris, elle rentre progressivement dans les bonnes grâces du roi, mais n’est plus que son amie. Au fil des années, la belle comtesse a perdu ses charmes. Henri IV la trouve « vieillie et cramoisie ». Elle devint trop grasse et si rouge de peau » disent les historiens du temps.

Dès 1590, la jeune Gabrielle d’Estrées la remplace auprès d’Henri.



Portraits de Corisande


Elle se retire alors à Hagetmau, à la suite de difficultés financières, et coule des jours paisibles auprès de ses enfants, jusqu'à sa mort en février 1621.à l'âge de 67 ans. Sully écrit qu’elle " avait honte qu’on dit que le roi l’avait aimée, surtout depuis que sa laideur éloignoit ceux qui auroient pu la consoler de l’inconstance de Henri »

On ne sait où elle a été ensevelie. Peut-être dans la chapelle de l'église de Saint-Girons où elle avait souhaité reposer ?




Diane dAndouins eut deux enfants de son mariage : Antoine, né en 1572, le premier duc de Gramont , et Catherine Charlotte qui épousera François Nompar de Caumont, comte de Lauzun.




portraits de Paul d'Andouins, le père de Diane

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